Chez MSF , il y a ces personnes dont le
simple fait de prononcer le nom
suscite un signe de tête de reconnaissance
presque automatique.
Des personnes qui ont traversé de nombreux
contextes, de nombreuses crises, qui ont fait
partie de nombreuses équipes,
et qui ont vécu MSF principalement d’un
point de vue opérationnel.
Et Gisa Kohler fait partie de ces
personnes-là.
Gisa est membre de l’Association MSF
Espagne
depuis 2019, et jusqu’à très récemment,
elle était responsable
de la Cellule opérationnelle 3 d’OCBA
coordonnant les opérations dans des
contextes exigeants
tels que la République centrafricaine, la
République démocratique du Congo et le
Tchad.
Aujourd’hui, nous souhaitons discuter
avec elle
du rôle du responsable de cellule au
siège
(RECO en espagnol)
parler de la prise de décision opérationnelle
et des défis auxquels MSF est confrontée
aujourd’hui
dans certains des contextes les plus
complexes où elle intervient.
Bienvenue à « MSF al día », le podcast de
l’équipe associative de MSF Espagne et d’OCBA.
Je m’appelle Nuria Espinoza
et nous sommes en mai 2026.
Gisa, merci de vous joindre à nous
aujourd’hui.
Je vous en prie.
Comme je le disais, vous venez de terminer
une période très intense en tant que
responsable de la cellule opérationnelle 3.
Mais avant d’aborder les contextes dans
lesquels vous avez travaillé,
nous aimerions commencer par parler de vous.
Pour ceux qui, au sein de MSF, n’ont pas
travaillé directement avec vous :
qui est Gisa Kohler au-delà de ses
fonctions et de ses responsabilités ?
Eh bien, je ne suis pas très douée pour me
décrire, mais a) je tiens à dire que
je pense que beaucoup de gens se souviennent
de moi, à cause de mon nom.
Parce que mon nom est très rare.
Les gens retiennent donc ce nom.
Bon, qui suis-je ?
Je suis allemande.
Je viens de la Forêt-Noire
et je travaillais,
je veux dire, ma profession d’origine est
infirmière pédiatrique.
Mais avant cela, j’avais suivi
une autre formation de secrétaire
bilingue,
ce que je ne trouvais pas très intéressant
à l’époque
mais qui m’a ensuite été utile pour
travailler avec MSF , car sinon je ne
parlerais ni anglais ni français
si j’avais suivi la formation classique
en Allemagne.
J’ai travaillé assez longtemps en
Allemagne, à l’hôpital.
J’ai travaillé au service de soins
intensifs d’un hôpital pédiatrique
pendant plus de dix ans,
et j’ai également
encadré et formé de nouvelles infirmières.
À part ça, eh bien, j’aime faire du sport.
Mon sport préféré a toujours été la course.
Avant je courais beaucoup.
J’ai couru plusieurs marathons,
mais maintenant que je prends de l’âge,
je ne peux plus courir autant.
Je dois donc m’orienter vers des activités
un peu plus « de grand-mère ».
Mais je reste active.
Voilà, c’est à peu près tout.
Je ne peux pas vous en dire beaucoup
plus sur moi
car en dehors du travail,
je ne fais pas grand-chose.
Je suis vraiment concentrée sur MSF
et c’est ma priorité.
Peut-être un mot sur ma situation
familiale :
je suis célibataire et je vis seule
mais j’ai encore de la famille en
Allemagne.
Super.
Et comme vous l’avez dit,
MSF est assez intense mais
quel a été votre parcours chez MSF ?
Quels rôles et contextes ont façonné
votre carrière ?
Eh bien, en tant qu’infirmière,
j’ai commencé
par ce qu’on appelait à l’époque
« infirmière de terrain ».
Ça n’existe plus aujourd’hui.
J’ai donc commencé au Congo en 2003,
chez MSF Espagne, en fait.
Et puis j’ai effectué plusieurs missions
en tant qu’infirmière.
Je veux dire, c’était différent de la
façon dont on travaille aujourd’hui.
À l’époque, il n’y avait
qu’une seule infirmière
qui s’occupait de tout : la pharmacie,
l’hôpital, la périphérie…
mais bon, on n’avait pas Internet…
C’était totalement différent.
Et puis,
je m’en tiens aux grandes lignes ,
sinon ça devient trop long.
J’ai ensuite travaillé assez longtemps
au sein du pool d’urgence,
mais avec la section suisse,
et je pense que là …
Ma première experience m’avait déjà façonnée
mais, ce travail dans le pool d'urgences
était quelque chose que j’aimais beaucoup.
J’ai travaillé avec eux pendant plus de
deux ans, puis j’ai été cheffe de mission.
Ensuite j’ai fait un master en santé publique
dans les pays en développement et je suis
revenue pour travailler comme TESACO,
c’est-à-dire conseillère en santé,
ici chez MSF Espagne
pendant environ trois à quatre ans.
Puis j’ai traversé une période où
je me suis dit que
j’avais besoin de faire une pause avec MSF
et j’ai travaillé avec l’OMS et le CICR.
Mais comme ma mère a dit : « MSF, c’est
ton premier amour, et tu finiras par y revenir. »
Je suis donc revenue chez MSF.
J’ai également travaillé avec Tembo et
j’ai fait plusieurs formations.
Mais comme mon cœur est tourné vers les Ops,
j’ai ensuite fait de l’intérim TESAUE,
pour l’unité d’urgence, et de là,
j’ai finalement quitté le domaine médical
et j’ai commencé comme RECO adjointe
dans la Cellule 3, puis comme RECO.
Et je pense que pour moi, comme tu me l’as
demandé, l’essentiel sont les urgences.
Les missions sur le terrain, vraiment.
Et puis j’apprécie beaucoup mon travail
comme RECO, même si c’est très intense.
Oui.
Gisa, comme tu l’as expliqué, tu as passé
une grande partie de ta carrière chez MSF
à travailler en étroite collaboration
ou directement au sein des opérations
dans des contextes complexes et
instables.
Tu as dit que c’était ta passion,
ton premier amour ;
les opérations sont ce que tu aimes le plus.
Mais concrètement, qu’est-ce qui continue
à te motiver à travailler dans les Ops ?
Je veux dire, pour moi, les opérations
sont le cœur de MSF.
Et je veux dire, c’est là que nous…
sans minimiser le travail
de tous les autres départements, mais,
pour moi, c’est dans les Ops que nous faisons
le travail principal de MSF.
Et j’aime encore plus le terrain.
Je veux dire, être sur le terrain,
parce que là-bas, que tu vois tout.
Ici, au siège, on peut se sentir
un peu éloigné.
Je veux dire que parfois on peut ne pas
toujours comprendre le problème.
On ne voit pas non plus les réussites
aussi de près
comme quand on est sur le terrain et
qu’on travaille avec les gens.
Et c’est vraiment un travail très
gratifiant, je trouve.
Je veux dire, même si ça peut être
dur, triste
et difficile, il y a aussi
cet aspect positif
qui permet de voir concrètement
ce qu’on fait.
Je veux dire, le résultat de
ce que nous faisons.
Ça explique parfaitement les choses.
Pour ceux d’entre nous qui ne travaillent
pas sur le terrain
ou pour ceux qui viennent de
rejoinder MSF,
comment expliqueriez-vous
en termes très simples
ce que fait au quotidien le responsable
d’une cellule opérationnelle ?
On m’a souvent posé cette question,
par des amis chez MSF,
et c’est, honnêtement, un peu difficile
à expliquer.
Je pense qu’on pourrait comparer cela
à une entreprise
que l’on doit faire fonctionner
dans un contexte difficile.
Mais soyons réalistes, mon travail
quotidien,
c’est des réunions, et des reunions
encore et encore…
Nous avons donc de nombreuses réunions en
interne avec la mission,
au sein de la cellule, pour discuter et
nous mettre d’accord sur différents points.
Ensuite, je passe beaucoup de temps
enfin, j’ai passé beaucoup de temps
sur la gestion de la sécurité.
Cela signifie qu’il faut vraiment
se tenir informé du contexte.
On échange avec d’autres personnes
pour déterminer
quels risques on peut prendre ou non.
La gestion des ressources humaines demande
également beaucoup de travail ;
malheureusement, très souvent, les gens
ne s’entendent pas toujours très bien.
On a donc des problèmes, des cas d’abus
de pouvoir ou des incidents de comportement.
On est également confronté à d’autres
types de problèmes sur le terrain.
Cela prend donc en réalité beaucoup
de temps.
Et, récemment, ce qui est également
difficile pour moi,
en tant qu'infirmière, ce sont toutes
les formalités administratives et juridiques.
Nous sommes de plus en plus souvent confrontés
à des exigences légales de différents pays.
Il faut vraiment se plonger dans ce sujet
et essayer de comprendre
comment gérer la situation.
Oui, en effet.
C’est quelque chose à quoi on ne s’attend
pas au début,
c’est très différent.
Et cela répond un peu, je pense,
à la question :
quells sont les dilemmes que vous rencontrez
le plus souvent dans ce rôle ?
C’est ce que vous expliquiez tout à
l’heure :
les aspects juridiques, les problèmes avec
les gens,
le terrain, les problèmes directement sur
place, dans les pays où nous travaillons,
le fait de ne pas être directement sur
place, la distance…
Ce sont les principaux dilemmes que vous
rencontrez ?
Eh bien, je veux dire, je dirais plutôt...
Ce sont certainement des dilemmes que je
rencontre.
Mais ensuite, pour voir les choses de manière
un peu plus globale, je pense qu’en ce moment,
le gros problème auquel nous sommes confrontés,
c’est d'être capables de nous adapter
assez rapidement en raison de tous ces
changements dans le monde humanitaire :
avec les coupes budgétaires des
États-Unis,
de nombreux acteurs ne disposent que de
financements à court terme,
et puis nous essayons de combler ce vide,
mais ce n’est pas toujours facile,
car il faut demander aux
équipes d’être vraiment flexibles.
Ç c’est donc un problème.
Ensuite, il y a évidemment la sécurité ;
Et comme je l’ai dit, le grand dilemme
concernant les RH
disposer des bonnes personnes
pour le poste adéquat.
Ce n’est pas toujours facile.
Je veux dire que ce n’est pas
toujours évident.
Donc oui, ce sont les principaux
problèmes.
Et puis ces derniers temps, comme je l’ai
dit, tout l’aspect juridique,
qui complique les choses.
Pouvez-vous nous donner un exemple concret
d’un moment
où vous avez eu le sentiment
que le rôle de coordination a fait
une différence tangible pour les équipes
dans les pays où nous travaillons ?
Eh bien, je pense que
je vois le rôle
de la Cellule au siège
comme un rôle de soutien aux personnes
en mission.
Je pense donc qu’ils peuvent gérer
la plupart des choses par eux-mêmes
mais l coordination leur peut être vraiment utile :
je travaille depuis assez longtemps avec
MSF Espagne,
je connais un peu la maison,
je sais un peu ce qu’on attend de moi
je peux donner quelques conseils pour que
les gens ne partent pas complètement dans
la mauvaise direction
parce que je sais ce que la maison veut
– pas parce que je suis plus intelligent
mais simplement parce que je travaille ici
depuis plus longtemps.
Je pense donc que c’est ce genre
d’accompagnement, d’échange comme on l’a dit,
et si on parle de sécurité, ou de
certaines questions opérationnelles,
on a ces conversations et il n’y a pas de
bon ou de mauvais.
C’est une sorte d’échange entre les
équipes de terrain.
Et puis, si vous êtes chef·fe de mission,
mon homologue sont les chefs·fes de mission, vous
pouvez aussi vous sentir très seul·e.
Et je leur dis toujours que ce n’ est pas
un signe de faiblesse,
mais je suis là parce que en tant que CdM
dans leur poste,
ils ne veulent peut-être pas montrer leurs
doutes ou leurs contraintes devant l’équipe,
car il faut se montrer fort face à eux
Mais ils en ont et tout le monde a des doutes
et souhaite discuter de certaines choses.
C’est là que je vois aussi
le rôle du RECO.
Parfait. Comme vous l’avez mentionné,
« il n’y a pas de bon ou de mauvais choix » ;
vous avez travaillé,
comme nous en parlons ici,
dans des contextes où l’accès est limité,
le risque est élevé
et où il n’y a pas toujours de bonnes
décisions.
Comment prend-on des décisions difficiles
quand aucune option ne semble tout à fait
juste ?
J’ai suivi une fois une formation sur « prendre
des décisions dans des contextes instables »
ce serait trop compliqué à tout expliquer,
mais pour moi,
l’un des principes directeurs est le
rapport risque/impact.
Donc…
(et je sais que la direction, en l’occurrence
mon responsable, est sur la même ligne)
Donc, en gros, pour le dire autrement,
on peut prendre un risque plus élevé si
cela permet de sauver des vies.
Je vais vous donner un exemple.
Je ne minimise pas l’importance des
moustiquaires, mais si celles-ci doivent
être distribuées dans une zone où
la situation sécuritaire est instable,
je pourrais vouloir reporter cette
distribution
à un moment ultérieur , lorsque la
situation se sera calmée.
Mais pr contre si j’ai des blessés,
nous devons intervenir ,
sinon ils vont mourir.
Dans ce cas , je pourrais envisager
de le faire , mais bien sûr,
on prend toujours des risques.
Dans les contextes que nous connaissons
chez MSF OCBA,
je pense qu’il n’y a aucun endroit où la
sécurité est garantie à 100 %.
Il y a donc toujours un certain risque.
Et puis, on ne va pas se jeter dans
le vide,
il faut quand même mettre
en place des mesures de sécurité et
les gens doivent donner leur accord.
Je veux dire, c’est toujours la base.
Nous devons demander leur consentement.
Et à ce sujet, comment avez-vous concilié
ce désir d’en faire plus
avec la responsabilité de veiller sur les
équipes et de maintenir
des soins médicaux de haute qualité ?
C’est en fait assez intéressant,
car très souvent
au niveau des cellules , nous agissons
plutôt comme un frein ces derniers temps.
Je veux dire, très souvent, la mission ou
le projet veut en faire plus.
Et comme nous avons déjà vu cela
à maintes reprises, nous savons
un peu ce qu’une équipe peut gérer.
Je veux dire, quand est-ce que ça devient trop
et quand, exactement, on ne peut
plus en faire plus avec les personnes
dont on dispose.
Donc, nous nous mettons un frein
pour certaines choses,
pour certaines initiatives
que les collègues de la mission perçoivent
très souvent comme
des décisions imposées d’en haut qui
ne sont pas vraiment appréciées.
Souvent, par la suite
ils se rallient à ces décisions
mais bon, il faut en discuter.
Mais en général, je pense – et je ne suis
pas la seule ; au sein de la Cellule,
nous sommes… (et c’est bien parce qu’on
travaille en équipe) –
nous avons cette attitude qui nous pousse
à vouloir faire
les choses bien plutôt que d’en faire
beaucoup.
Il faut donc prendre en compte
dans tout cela, les capacités
des équipes :
il y a des lacunes, il y a,
comme je l’ai dit,
peut-être des personnes qui ne sont pas
très expérimentées.
Il faut donc rassembler tous ces éléments
pour décider
jusqu’où on pense pouvoir aller.
Parfait.
Passons brièvement en revue les contextes
dans lesquels vous avez travaillé ces
dernières années, Gisa.
Parlons d’abord de la République
démocratique du Congo, la RDC,
un contexte qui combine conflit armé,
déplacements massifs, violences sexuelles,
épidémies récurrentes et
urgences sanitaires à grande échelle,
en particulier dans l’est du pays.
Nous y sommes présents depuis, si ma
mémoire est bonne, les années 1980,
et c’est l’une de nos interventions
les plus importantes et les plus anciennes.
Gisa, lorsque l’on travaille dans un
contexte comme celui-ci,
où les crises se chevauchent et où les
besoins semblent infinis,
comment établissez-vous les priorités d’un
point de vue opérationnel ?
Tout d’abord, toutes les sections
travaillent au Congo,
il y a donc une contrainte géographique.
Chacun d’entre nous a des zones
où il intervient.
OCBA travaille au Sud-Kivu
et OCA dans le Nord-Kivu.
Et puis nous assurons également la
surveillance au Maniema, où nous avions
notre projet Salamabila.
Vous avez donc une contrainte géographique
et puis, évidemment,
d’autres contraintes , à savoir les
ressources humaines et l’argent.
Je veux dire, on ne peut pas mener des
opérations à l’infini
car nous avons des limites.
Nous pouvons demander des enveloppes
d’urgence , mais
le budget limite plus ou moins ce que l’on
peut faire.
Comment , dans ce cadre,
décidons-nous où faire quoi ?
Normalement, dans le travail
médico-humanitaire,
nous essayons d’évaluer un peu
la situation sur le terrain :
est-elle très grave ?
Y a-t-il un taux de mortalité élevé ?
Cela touche-t-il beaucoup de personnes ou
peu de personnes ?
Et à partir de là, on essaie de décider
où aller.
Et puis il y a d’autres choses :
une fois que vous avez commencé à
travailler dans un hôpital, vous ne pouvez
pas simplement partir.
Si vous commencez à y travailler,
il y a une certaine obligation de rester.
Des mois ou des années, de 3 à 5 ans.
Nous ne restons plus longtemps dans les hôpitaux
comme autrefois, 10 ou 15 ans, néanmoins
vous ne pouvez pas passer six mois
dans un hôpital et ensuite le quitter.
Il y a donc tous ces aspects qui
déterminent
en partie ce que vous pouvez faire,
et vous devez
l’admettre, à vous-même et
à l’équipe.
Je veux dire, nous devons être conscients
que nous ne pouvons pas tout faire.
Définitivement, nous ne pouvons pas.
C’est impossible.
C’est impossible.
À ce sujet : la République centrafricaine
c’est également l’un des contextes dans
lesquels vous avez travaillé.
C’est un contexte où la violence persiste
depuis des années.
Nous y sommes présents en tant que MSF
depuis 1997,
et le système de santé est extrêmement
fragile, au point
que MSF devient souvent le principal
prestataire
de soins médicaux de base et spécialisés.
D’après votre expérience,
quel est selon vous le principal défi
aujourd’hui pour maintenir
une intervention médicale pertinente et
sûre à long terme
en République centrafricaine ?
Pour la République centrafricaine, RCA,
c'est plus simple à dire,
oui.
Le gros problème c'est
le système de santé défaillant en soi,
qui est plutôt en mauvais état.
Toutes sections confondues ,
nous avons un budget supérieur
à celui du ministère de la Santé.
Il y a donc des besoins partout.
Il y a surtout des besoins, à mon avis,
dans les soins de santé secondaires.
Ainsi, si les hôpitaux ne sont pas soutenus
par une organisation , il est presque impossible
qu’ils fonctionnent correctement.
Un autre gros problème en RCA est le
manque de personnel qualifié.
Il y a très très peu d’infirmières
et de médecins formés.
Et s’ils sont formés, ils préfèrent rester
dans la capitale
et ne veulent pas aller dans les régions
périphériques.
Le problème en RCA, c’est
qu’en ce moment , la situation est
relativement stable, soit disons.
Je veux dire, on n'est au plus fort de la
violence en ce moment.
On ne sait jamais.
Mais pour l’instant, c’est plutôt calme.
Avec des affrontements mineurs.
Et cela, compte tenu du fait que l’argent
manque partout,
rend la situation extrêmement difficile.
La RCA se trouve actuellement
tout en bas de la liste des priorités pour
tous les types de donateurs.
Il y a donc très très peu d’argent qui
entre dans le pays
ce qui rend la situation extrêmement
difficile.
Et en raison de toute cette situation, il
y a évidemment des flambées épidémiques
continues, conflits avec le gouvernement
de l’autre côté,
qui affirme, qui insiste
sur le fait qu’ils ne sont plus en mode
d’urgence
et qu’ils sont désormais en mode de
développement , disons.
Donc oui, c’est un pays qui
en soi, n’entre plus dans ces
contextes de forte violence,
mais c’est l’une de ces régions
complètement oubliées.
Parlons maintenant un peu du Tchad.
Ces dernières années, le Tchad est devenu
un pays d’accueil clé
pour des centaines de milliers de
personnes fuyant la guerre au Soudan,
en particulier dans l’est du pays, où MSF
a considérablement renforcé son
intervention médicale et humanitaire.
Nous y travaillons depuis 1981,
et MSF Espagne plus précisément depuis
2023.
D’un point de vue opérationnel, qu’est-ce
que cela a signifié pour MSF
de coordonner notre intervention au Tchad,
qui est directement influencée
par la guerre au Soudan ?
C’est un flux constant de réfugiés dans un
contexte déjà très fragile.
Eh bien, le camp de Metche au Tchad ,
où nous travaillons,
c’est notre seul projet dans le pays.
Il a été mis en place à la suite de
l’intervention de l’équipe d’urgence qui a
traversé la frontière vers le Darfour.
Là-bas, nous avons mis en place…
C’est un camp de près de 50 000 réfugiés,
des réfugiés soudanais,
où nous avons mis en place ce projet,
le pool d’urgence a pris en charge la
structure secondaire.
Tout cela est intense.
La guerre en cours au Soudan.
Oui, cela a un impact, mais le nouvel
afflux
ne se dirige pas spécifiquement vers le
camp de Metche.
Il y a un autre camp.
Je dirais qu’à Metche, la situation est
plutôt stable,
mais nous pourrions voir arriver dans les
mois à venir un nouveau groupe de personnes.
Mais encore une fois, la guerre au Soudan
n’influence pas tant que ça
le travail en soi que nous faisons dans le
camp.
Ce qui nous affecte actuellement , ce
sont, à nouveau, les déficits de financement.
Il manque de l’argent,
donc il n’y en aura pas assez
pour nourrir ces personnes.
Elles n’ont pas d’autres revenus.
La population tchadienne en soi est déjà
pauvre,
donc il y aura…
Je prévois une montée des tensions ,
et cela va être compliqué.
Et pour nous et je pense que c’est pareil
pour toutes les sections de MSF.
Si vous travaillez dans le camp, nous le faisons
tous au sein de structures autonomes de MSF.
Cela signifie donc qu’il va être très
difficile
de trouver une stratégie de sortie de ce
site
car il n’y a pas d’argent et
aucun autre acteur
ne peut prendre le relais : ni le ministère
de la Santé … ce ne sont pas des structures
publiques que nous gérons là-bas.
C’est donc un aspect compliqué pour le Tchad.
Un long séjour dans le pays.
Et au vu de tous ces contextes dont nous
avons brièvement discuté,
car nous pourrions passer des heures à
parler de chacun d’entre eux,
quels sont, selon vous, les plus grands
défis opérationnels pour MSF aujourd’hui ?
Pour moi, je pense que l’un des grands
défis
réside dans les attaques contre les soins
de santé.
Je veux dire, cela fait déjà des années
qu’il n’y a plus
ce respect d’autrefois pour les
travailleurs humanitaires.
Et avec l’évolution de la situation mondiale,
je ne vais pas entrer dans les détails.
Je pense que le droit international
humanitaire
n’est plus respecté,
c’est très difficile d’insister là-dessus
parce que les gens finalement
regardant vers un autre côté.
Cela nous rend évidemment beaucoup plus
vulnérables.
C’est donc un aspect que je trouve
vraiment difficile.
L’autre aspect concerne la négociation
de l’accès.
Nous devons donc nous améliorer considérablement
en matière de négociation.
Nous sommes déjà bons en soi pour négocier
avec les groupes armés.
Mais je trouve que nous le sommes moins
pour négocier avec les différentes
autorités gouvernementales et peut-être
améliorer avec le ministère de la Santé.
Et je trouve que nous n'ayons pas
beaucoup de profils
dans nos pools qui soient vraiment doués
pour cela.
Nous avons besoin de plus
en plus de personnes capables de le faire,
qui soient davantage des négociateurs,
établir le réseau dont nous avons besoin
dans les différents endroits.
Et puis, encore une fois,
ce manque de financement général partout
dans le monde, ce qui signifie aussi
que nous devons faire des choix difficiles
parce que nous ne pouvons pas tout faire.
C’est très douloureux.
Si vous êtes en première ligne, si
vous travaillez sur le terrain,
je veux dire, si vous devez décider dès
demain de ne plus traiter
les enfants jusqu’à 15 ans, mais seulement
jusqu’à 5 ans, et qu’un
enfant de 7 ans atteint de paludisme se
présente, c’est très douloureux.
Donc ces choses-là, elles ont un impact
réel.
Et je pense que nous devons devenir encore
plus
flexibles que nous ne le sommes
actuellement.
De plus, et ce n’est pas le point fort de
tout le monde, disons-le,
« Être plus flexible et négocier
davantage et mieux » : ce sont là les
changements
qui, selon vous, seraient nécessaires
pour rester pertinents dans les années à
venir.
Pensez-vous qu’il y ait d’autres choses
que nous devons changer ou améliorer au
sein de MSF ?
Eh bien, j’ai une conviction.
J'ai une conviction.
Et je suis sûre que les personnes qui
écoutent cela diront : « Eh bien,
oui, on voit bien que vous avez de l'âge
et que vous êtes plutôt senior »
je pense que nous devons revenir à
l'essentiel.
Je pense sincèrement que si nous avions
moins de ressources...
Ce serait bien
si nous nous concentrions sur notre
objectif principal
et sur ce que nous voulons accomplir ,
sans trop nous disperser,
car je pense que cela complique les choses
quand on est limité,
et que nous allons être encore
plus limités dans les années à venir.
Et pour en revenir aux pays dont nous
avons parlé, comme la RDC, la RCA et le
Tchad,
voyez-vous des possibilités d’amélioration
du développement dans ces pays ?
Je ne veux pas être négative
et j’ai beaucoup de collègues
dans tous ces pays, que je respecte
énormément et
je souhaite le meilleur à ces pays,
mais encore une fois, les perspectives
actuelles ne sont pas si roses.
Pour personne.
Pas seulement pour ces pays , mais en
général.
Oui, je pense qu’on devrait quand même
essayer
de faire de notre mieux.
Tout à fait d’accord.
Et pour conclure, en pensant à
nos collègues qui travaillent actuellement
dans les contextes
que nous avons mentionnés ou dans des
contextes similaires, quel message
aimeriez-vous leur transmettre en vous
appuyant sur votre expérience ?
Eh bien, continuez à faire de votre mieux.
D'accord.
Et, Gisa, pour terminer, nous aimerions le
faire
sur une note plus légère.
Je vais vous poser quelques questions
rapides , et j’aimerais que vous répondiez
avec la première chose qui vous vient à
l’esprit, un mot ou une petite phrase.
Voyons voir : quelque chose qui vous a
profondément ému:
Au travail.
Au travail. Oui, chez MSF.
Ça m’a profondément ému mon expérience,
et ça a été le cas pour moi et pour le reste
de mes collègues,
au Cameroun.
Une leçon clé que vous emportez avec vous:
ça se présente toujours différemment.
Une émotion récurrente:
la frustration
mais d’un autre côté, aussi la
satisfaction.
Quelque chose que vous appréciez davantage
aujourd’hui:
Être en bonne santé.
Lorsqu'on vieillit …
Tout à fait.
Et un mot qui résume cette étape:
Pour moi, l’étape où je me trouve
actuellement, c’est : Retour sur le terrain.
Je m’excuse.
On n’est plus censé dire « terrain »,
retour à la mission.
Gisa, merci beaucoup de vous être jointe à
nous aujourd’hui
et d’avoir rendu cette conversation
possible.
Un plaisir.
Nous vous souhaitons bonne chance dans
cette nouvelle étape
de votre carrière professionnelle au sein
de MSF.
Merci beaucoup.
J'ai hâte d'y être après avoir pris un peu
de repos.
Totalement mérité.
Et voilà tout pour cet épisode de "MSF al día".
Merci beaucoup de nous avoir écoutés.
Vous pouvez retrouver tous nos épisodes
sur Souk et SharePoint,
et vous pouvez également contacter
l'équipe associative de MSF Espagne/OCBA.
Le mois prochain, nous aborderons un
nouveau sujet.
À bientôt.